Une "mission" qui pose problème

par Eric Ropp

La mission Kwasizabantu est bien connue depuis des décennies. Qui n'a pas lu – et probablement apprécié – le livre d'Erlo Stegen 'Réveil parmi les Zoulous', publié en 1994 ? Il y est beaucoup question de l'Eglise primitive, de réveil et de guérison ; des sujets qui ne laissent pas indifférents.

On peut être édifié par les attitudes de foi de la part des membres de la mission. Indéniablement, des résultats, parfois spectaculaires retiennent l'attention. On observe souvent beaucoup de piété parmi les fidèles. La mission s'est surtout développée en Afrique du Sud, mais on note également un développement assez important en Allemagne, en Suisse et même en France, dans une certaine mesure.

Cependant des voix s'élèvent pour dénoncer des dérives préoccupantes. Dès 1994, Alexander Seibel, recueille certains témoignages sur la mission qui le bouleversent. Voici quelques points, parmi bien d'autres, qu'il dénonce :

« On relève la présence d'autre esprit. Au centre n'est pas la grâce, mais le péché et l'homme. Les prédications sont surtout centrées sur le péché avec, pour résultat, une notion erronée du péché. Chacun est amené, voire contraint, à confesser tout péché commis. On prêche le légalisme et les peines de l'enfer. Les messages n'étant pas équilibrés ni centrés sur Christ, il n'existe aucune assurance du salut. Le légalisme y est très poussé. »

Seibel cite des ex-collaborateurs dénonçant quatre points :

1. Une direction aux allures dictatoriales ;

2. Les finances ne seraient pas toujours propres ;

3. La confession n'est pas ressentie comme une proposition, mais une obligation ;

    4. Des doutes règnent également au sujet des visions de Hilda Dubé, et de certaines autres femmes, qui occupent une position de prééminence au sein de la mission.

Certains observateurs constatent une amabilité imposée ayant pour seul but de gagner les gens. On entend des témoignages troublants, tel que : « Avant d'arriver à Sizabantu, j'étais heureux et ne connaissais pas la dépression. Là, je pleurais toute la journée, sans même savoir pourquoi. Tous les autres me paraissaient meilleurs que moi. Auparavant, j'avais l'assurance du salut, après plus. »

Si telle personne veut quitter la mission, elle est considérée comme égarée par le diable. Des divorces s'en suivent parce que le conjoint veut rester fidèle à Dieu (c'est-à-dire à la mission). A. Seibel voit dans ces pratiques un asservissement à des personnes telles que l'apôtre Paul les dénonçait (cf. 2Co 11.4-20).

En 2000, le Révérend Moss Nltha, secrétaire général de l'Alliance Evangélique sud-africaine, mettait en garde contre des dérives dangereuses de la mission qui portent préjudice aussi bien à ceux qui ont quitté la mission qu'aux personnes encore actives en son sein.

L'hebdomadaire ideaSpektrum (Allemagne), qui cite également la mise en garde de l'Alliance Evangélique sud-africaine, dénonce aussi le fait que la mission exerce ses ministères sous le couvert d'organismes tels que : l'Eurochor, L'amour vrai attend, Chrétiens pour la vérité, l'Ecole Domino Servite, des initiatives anti-avortement.

Nous déplorons de devoir, par égard pour les victimes avérées – et aussi potentielles – de Kwasizabantu, éclairer le lecteur sur une situation préoccupante pour beaucoup. La chose est d'autant plus déplorable que cette mission mène ses luttes dans des domaines malheureusement trop souvent négligés par les milieux évangéliques, et dans lesquels il serait important de prendre fermement position.

Que le Seigneur nous soit en aide, aux uns et aux autres !